Second organisme de recherche en agronomie au monde*, l’Inra s'appuie sur de nombreux partenariats avec les acteurs de la filière vitivinicole.
En France
L’Inra a développé des vignobles expérimentaux suivant des missions spécifiques dans trois grandes régions viticoles : le Languedoc, l’Alsace et, le Bordelais. Le domaine de Vassal, à Marseillan dans l’Hérault, abrite la plus grande collection au monde de ressources génétiques sur la vigne, au monde riche de nombreuses espèces et variétés cultivées sur les sables du littoral à l’abri du phylloxera. À une centaine de kilomètres à l’ouest, le domaine de Pech Rouge, à Gruissan dans l’Aude, possède soixante-dix hectares 70 ha de vignes, une cave ainsi qu’une halle technologique et de micro-vinification, au service de la recherche en œnologie. Les chercheurs y mènent également des travaux sur la conduite de la vigne à faible coût de production et à faible impact environnemental, dans un climat méditerranéen soumis à une contrainte hydrique importante. À Colmar, après avoir travaillé sur la sélection clonale de cépages alsaciens, l’Inra développe aujourd’hui un programme de sélection de cépages résistants aux maladies de la vigne. Enfin, en Bordelais, d’abord au domaine du Grand Parc à Latresne puis sur le site de La Grande Ferrade à Villenave d’Ornon, l’Inra oriente depuis longtemps différents axes de recherches viticoles : la sélection clonale, les modes de conduite, la fertilisation, la production intégrée ou bien encore, la compréhension des interactions entre porte-greffe et le greffon.
A Bordeaux
L’expérimentation sur les terres de Couhins de deux nouvelles variétés de porte-greffes pour la vigne, est un temps majeur en matière d’innovation viticole. Fercal et Gravesac, créés par l’Inra de Bordeaux dès les années 1960, sont conçus pour répondre au besoin d’adapter des porte-greffes à des sols difficiles à cultiver. Le Fercal présente une très bonne adaptation aux sols calcaires, connus pour provoquer chez la plante de fortes carences ferriques, dommageables à sa croissance. Le Gravesac, pour sa part, est tout spécialement destiné à la culture sur sols acides, tels que les sols sableux ou sablo-graveleux, présentant une activité biologique faible, préjudiciable à l’absorption par la vigne des éléments minéraux, nécessaires à son développement. Ces deux créations de porte-greffes par l’Inra, plantés sur le domaine de Couhins dans les années 1970, en condition de production, trouvent aujourd’hui leur place au-delà du vignoble aquitain. L’attention portée au matériel végétal par le domaine de Couhins relève également de l’existence d’un conservatoire de cépages bordelais. Ainsi, à partir des années 1990, une collection de sauvignon, sémillon et autre cabernet, assure-t-elle la préservation de la biodiversité variétale, thématique portée par la station de viticulture du domaine de la Grande Ferrade, à Villenave d’Ornon. Des recherches portées par l’Inra, et dont bénéficie le vignoble de Couhins, visent conjointement la protection des vignes et la préservation de l’environnement. Il en est ainsi, dès 1974, lorsque le centre de recherches de Bordeaux développe le procédé novateur de la confusion sexuelle, pour lutter contre l’eudémis, un papillon ravageur de la vigne. Une autre stratégie pour réduire l’usage des fongicides, et dont participe le domaine de Couhins, obéit aux règles établies par le protocole Mildium®, lancé en 2008 par les équipes de recherches de l’Inra Bordeaux. Préférant un processus de décisions à une approche systématique, Mildium® prévoit d’adapter le nombre des traitements contre le mildiou et l’oïdium au développement réel des épidémies. Dans ce processus, les traitements obligatoires, très restreints, portent uniquement sur la maîtrise des épidémies « faibles », difficilement détectables par des observations ; ces mêmes observations permettant d’identifier les situations nécessitant des traitements optionnels. Un tel enjeu de réduction d’intrants oblige cependant à accepter le risque éventuel d’un faible pourcentage de perte de rendement. Dès les années 1965, à travers ses préoccupations sur la toxicité du cuivre dans les sols, les questions environnementales sont déjà posées par la recherche viticole. Dans ses laboratoires de Bordeaux, l’Inra a mis en évidence que l’utilisation de la bouillie bordelaise depuis la fin du XIXe siècle, a entrainé l’accumulation du cuivre dans les sols ; la vigne montrant alors des altérations, tant morphologiques que physiologiques, néfastes à sa croissance. Les hypothèses initiales ayant trait à la "séquestration" du cuivre dans le sol sont prolongées par une recherche actuelle au service d’une même viticulture durable. Des travaux se poursuivent sur le phénomène d’absorption car le cuivre modifierait également la sensibilité de la vigne à certains bio-agresseurs. La vigueur ou l’expression végétative est un critère essentiel pour qualifier le fonctionnement d’une vigne. La surface foliaire ayant largement démontré son impact sur la composition des baies et la qualité du vin, son évaluation est essentielle comme indicateur de vigueur de la vigne. La viticulture de précision parvient ainsi à mesurer des écarts de vigueur entre parcelles voire à l’intérieur même des parcelles.
Offre de recherche renforcée
Lieu de démonstration de toutes les innovations scientifiques et technologiques de l’Inra, garantes de la qualité de ses vignes et de son vin, château Couhins est au cœur d’une recherche régionale renforcée, en liens étroits avec l’ISVV, l’Université de Bordeaux, l’École Bordeaux Sciences-Agro, ainsi que l’ensemble des instituts techniques et des organismes interprofessionnels.
Jean-Pascal Goutouly
Ingénieur de recherche, BORDEAUX.
•Unité mixte de recherche Ecophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne (Inra, Bordeaux Sciences Agro, Université de Bordeaux, Isvv).
“Nos recherches nous permettent de comprendre comment la vigne capture ses principales ressources (carbone, azote et eau) et les répartit pour assurer à la fois sa pérennité et ses besoins. Nous cherchons ainsi à évaluer l’impact des pratiques viticoles (conduite de la vigne, taille, éclaircissage, fertilisation, entretien des sols) sur les qualités œnologiques de la récolte et la sensibilité de la vigne aux maladies”.
Nathalie Ollat
Ingénieur de recherche, BORDEAUX.
•Unité mixte de recherche Ecophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne (Inra, Bordeaux Sciences Agro, Université de Bordeaux, Isvv).
“Suite à l’apparition du phylloxéra (un puceron vivant dans le sol) les chercheurs ont découvert que pour résister, tous les cépages (Cabernet, Merlot,...) devaient être greffés et ils ont sélectionné les premiers porte-greffe de vigne qui constituent la partie souterraine du cep. Aujourd’hui nous étudions comment le porte-greffe et le cépage inter-agissent et échangent des informations pour contrôler la croissance et la production de la plante. Ces recherches vont nous servir à créer de nouveaux porte-greffe, plus résistants aux parasites et adaptés à différents types de sol. Ils constitueront une alternative à la désinfection chimique des sols, tout en conservant la qualité du vin”.
Laurent Delière
Ingénieur d’études, BORDEAUX.
•Unité mixte de recherche Santé et Agroécologie du Vignoble.
“Nous cherchons à protéger la vigne contre les maladies et les ravageurs en limitant le recours aux traitements phytosanitaires, dans le but d’obtenir une production saine dans un meilleur respect de l’environnement”.